Muang Ngoi, paresseusement vôtre

Le temps semble s’être arrêté dans le tranquille village de Muang Ngoi, niché entre de splendides falaises karstiques au nord du Laos.

Une concession toutefois : une route de terre a été construite en 2013, et une voiture occasionnelle se fraie parfois un chemin jusqu’à cette bourgade endormie au bord de la Nam Oo… Oh, et le réseau mobile a été développé, vous aurez donc accès à internet (ne rêvez pas de 3G, pour le moment ce sera en Edge).

Première vue du bateau

Après avoir atteint Niang Kiaw (3-4 heures depuis Luang Prabang, northern station pour les bus / southern station pour les minivan) c’est en bateau que vous terminerez le trajet (1 heure, départ quotidien à 13h de Niang Kiaw).

Irréductibles laotiens

Autrefois un petit port prospère, Muang Ngoi a entièrement été détruite par les bombardements américains de la “secret war”.

Vous pourrez vous rendre dans la grotte toute proche où les villageois s’abritèrent alors, sortant seulement de nuit pour chercher des provisions. En vous aventurant dans l’obscurité à l’aide d’une lampe torche vous pourrez découvrir quelques conserves rouillées émouvant témoignages d’une sombre période de l’histoire laotienne.

Attention cependant aux glissades sur les rochers humides et le sol boueux ! C’est ainsi que j’ai perdu le cache de mon objectif, et Bao a dû puiser dans sa courte expérience en spéléo pour explorer la rive du niveau inférieur, avec succès mais non sans stress -de mon côté en tout cas…

Quelques vestiges de ce passé troublé parsèment encore le village, bomb casings réhabilités en pots de fleurs ou exposés en déco devant les restaurants à la clientèle exclusivement touristique.

House of the rice-ing sun

Après la guerre, c’est la ville nouvelle de Niang Kiaw qui a repris le flambeau économique pendant qu’une Muang Ngoi en ruines se reconstruisait lentement. Ses habitants misent aujourd’hui, intelligemment, sur un tourisme de petite échelle mais constant : les familles ont ainsi transformé toutes les maisons bordant la rivière en dizaines de guesthouses.

La plupart des chambres offrent un confort basique mais sont agrémentées de hamacs sur les balcons, une combinaison idéale pour s’adonner à la rêverie et perdre toute notion du temps en contemplant le flux paresseux de la rivière.

Pour tout le reste, il n’y a pas Mastercard

Ici aussi la tranquillité a un prix, et se nourrir à Muang Ngoi coûte plus cher qu’en d’autres lieux plus peuplés et accessibles. Venez avec du cash, il n’y a évidemment pas d’ATM…

Immédiatement en face du dock se trouve la pension de Phetdavanh tenue par un suédois tombé amoureux d’une locale il y a 5 ans, et jamais reparti. Ils proposent un petit buffet à volonté ouvert à tous pour un prix abordable comparé aux autres restaurants du village -nous avons eu une réduction en nous en tenant à une seule assiette.

La nourriture est meilleure au Veranda, dont nous avons fait notre QG pour les repas. Les chambres y étaient aussi très correctes mais poussez encore un peu plus loin, presque au bout de la rue principale, et un autre paradis vous attend à la Moon guesthouse.

En négociant à 200 000 kips pour 3 jours nous avons obtenu une superbe chambre double, un peu à l’écart des autres bungalows. Travailler sous l’auvent de la terrasse commune et y siroter une bière fraîche en regardant le soleil se coucher derrière la montage de l’autre rive firent de l’endroit l’un des plus agréables où nous avons séjourné au Laos…

Sacs sous bonne garde prenant l’air pendant les cours

Toujours dans la rue principale, quelques boutiques font commerce de produits de l’artisanat local -ça change agréablement des invariables babioles made in Thailand du night market de Luang Prabang.

Ne manquez pas les papiers artistiquement découpés en pochoirs -nous avons même craqué pour deux d’entre eux, rentrés en France dans le sac de ma cousine à son retour du Vietnam.

Morts-dansants

Pendant notre séjour, nous avons pu assister aux festivités organisées en la mémoire de quatre personnes décédées l’année passée. Les familles arrivaient de tout le pays avec leur plus beaux vêtements et une effervescence joyeuse s’empara du village.

La journée fut rythmée par la préparation de nourriture en quantités industrielles par les femmes, tandis que les hommes s’activaient à construire des maisonnettes en bambou et bananier, ornées de décorations sculptées dans la pulpe de bambou.

Structure de la maison et premières décorations

En fin de journée les moines du village présidèrent aux célébrations : les prières et lancés de bonbons et d’eau (bénite ?) furent suivis de chants splendides a capella, à la lumière des bougies. Ensuite les musiciens prirent le relais pour faire danser les participants jusqu’après l’aube -nous pouvons en témoigner puisqu’ils dansaient toujours à 7h du matin alors que nous prenions la route de la grotte.

Pourquoi le deuil est-il si souvent célébré dans une atmosphère pesante et sombre dans nos sociétés occidentales alors que tant d’autres peuples savent en faire une fête ? Nous avons retourné la question sous tous les angles, en particulier de la religion, mais sans trouver de réponse satisfaisante…

Il fut très difficile de quitter Muang Ngoi, surtout pour retourner à Luang Prabang où nous attendait le hell bus vers Hanoi… Mais nous ne le savions pas encore.


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