Artisanalement-dalay

Dans la fraîcheur du matin, les rues de Mandalay bourdonnent d’activité : les gens y travaillent, se lavent, font la lessive, cuisinent, vendent, fabriquent ou réparent toutes sortes de trucs. On ne sait jamais sur quel artisanat on va tomber au prochain coin de rue…

Jad’ore

Notre première ballade à moto nous a menés au Jade market ($1 de frais pour les étrangers). Mieux vaut s’y rendre tôt dans la matinée : l’activité se tarit peu à peu en approchant des heures chaudes, et à l’heure du déjeuner tout ce que vous verrez sont quelques vieilles prenant un thé et des hommes jouant de l’argent (billard indien, cartes, lancé de coquillage…) entre deux allées vides.

À la fraîche, une fascinante promenade entre les stands permet d’observer les artisans qui examinent, marquent, coupent, mouillent et polissent les pierres avant de les présenter aux acheteurs, souvent chinois.

Les petites pierres de très haute qualité sont glissées serrées dans des pailles de bambou et méticuleusement polies en gouttes. D’autres blocs sont laissés quasi bruts, après un minimum de travail pour révéler leurs couleur. En visitant le marché vous pourrez admirer tout l’éventail des teintes de jade : d’une pâleur de porcelaine vaguement bleutée au vert le plus sombre, presque noir.

Ayant sauté le petit déjeuner de l’hôtel, on avait déjà une petite fringale en arrivant. On s’est donc arrêtés à un stand fournissant un genre de champignon séché enroulé dans une feuille fraîche avec deux sortes de sauces (une brune une blanche), une poudre et un petit jet de citron vert.

Ça vous dit quelque chose ? Non ? Bah les tranches de champignon se sont révélées être des tranches de noix de betel :->

Ça vaut le coup d’essayer une fois : le goût se situe quelque part entre le dentifrice et la muscade, et ça vous laisse la bouche fraîche -et rouge, ce qui amusera beaucoup les locaux ! Ne vous en faites pas, la couleur disparaît facilement avec un peu d’eau.

Un conseil, cependant : prenez de petites bouchées -plutôt que de tout fourrer dans la bouche comme nous ;-> Un rouleau est suffisant à partager pour 2 ou 3 personnes, et il y a des seaux pour cracher partout dans le marché.

Beat it

Laissant le Jade market derrière nous, on s’est dirigés vers le quartier des batteurs d’or. Sur le trottoir du King Galon shop, on a vu des voitures privées et des minibus déverser un flux presque continu de touristes. Les étrangers descendaient quelques minutes le temps de prendre des photos des ouvriers parqués entre 4 piquets tendus de cordons et écouter le petit speech de l’hôtesse d’accueil.

Ça ressemblait trop à un zoo, du coup on a continué notre route vers l’atelier “Golden Rose” un peu plus loin. Là, personne ne parlait anglais mais les ouvriers étaient ravis de nous montrer leur travail et nous ont laissé rester et filmer aussi longtemps qu’on l’a voulu.

Les hommes battent et rebattent des blocs épais de papier de bambou huilé -tant et si bien que l’intérieur chauffe est brûlant au toucher. Avec une bonne dose de sueur et une moyenne de 8 heures de battage en 3 étapes on obtient ainsi jusqu’à 1500 feuilles d’or par bloc -chacune d’elle d’une épaisseur de 0.1 μm, c’est à dire qu’il faudrait en empiler plus de 1000 pour obtenir l’épaisseur d’une feuille d’imprimante.

Des femmes s’occupent de la fin du procédé, le plus délicat : diviser en carrés de 2 pouces (5 cm) de côté  les feuilles étalées en taches rondes par l’action du battage. Les feuilles sont si fines que la plus petite pression les déchire, et le moindre mouvement d’air les fait s’envoler. Vous verrez les femmes travailler du bout des doigts à l’abri de baies vitrées, intensément concentrées sur leur tâche.

Les feuilles d’or de Mandalay sont fameuses et vendues dans tout le pays ; vous aurez aussi l’occasion d’en admirer l’éclat sur les toits de certaines stuppas. C’est d’autant plus intéressant de voir comment elles sont faites !

On en trouve aussi en vente à l’entrée de certains temples pour que les fidèles puissent les apposer sur l’effigie sacrée : sur la tête pour renforcer la mémoire, sur le coeur pour la bonne fortune, ou sur les genoux pour un voyage couronné de succès… Au lac Inle, cinq buddhas ont été tellement recouverts de feuilles d’or qu’on dirait trois bonshommes de neige réalisés par un enfant de trois ans (et encore, il faut faire un effort d’imagination…)

Et tous les autres…

À quelques rues du gold pounder’s district nous sommes tombés sur un bloc alignant les ateliers de fabrication de meubles en bois. La sciure fine tapissait les trottoirs, et avec les mouvements des voitures formait une sorte de brume en suspension autour des artisans.

Amusés de notre intérêt, ils ont pris le temps de nous montrer leurs réalisations (sièges, armoires, buffets-autels…) Nous avons ainsi pu les observer couper, polir, sculpter, vernir etc. avec une dextérité qui n’avait d’égale que le kitsch des meubles asia-rustico-baroque.

Ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres (comme le tissage de bambou ou la sérigraphie artisanale) d’artisanats rencontrés à Mandalay. C’est pourquoi nous vous invitons à vous éloigner un peu de l’ultra-centre touristique et de partir à la découverte de la ville à votre rythme !


Comments

  1. Bonjour les amis, j’étais avec vous et avec Sophianne au mariage de maman et Seb.
    Je prévois d’aller deux semaines au nord Laos (et donc Luang Prabang) début octobre prochain. Quels bons conseils avez-vous à me donner ?
    Surtout n’arrêtez pas de transmettre vos reportages, avec photos et bien écrits, c’est superbe, bravo…
    Je vais en Thaïlande depuis plus de 20 ans et je change cette année.
    Bonne continuation
    Jean claude

    1. Bonjour Jean-Claude, merci pour ce retour, ça remotive pour continuer à écrire (peut-être le plus dur pour nous…)

      En novembre les températures au Laos sont très différentes de maintenant! Si tu vas dans les montagnes du nord, tu auras peut-être besoin d’un manteau le matin… Là nous buvons plutôt des cafés glacés mais toi tu le prendras peut-être chaud de préférence (le café est bon au Laos, cela ressemble au café viêt, souvent ils te le proposent avec du lait concentré sucré).

      Luang Prabang est une ville agréable… touristique, mais agréable. Le musée ethnographique est intéressant, tu peux te balader près du bamboo bridge, déambuler dans un monastère, grimper le mont Phousi (au lever du soleil il y a moins de monde qu’au coucher), aller te reposer à l’Utopia la journée ou boire des coups au Lao Garden le soir, après avoir dîné au buffet du night market (parfois trop bondé pour être agréable, mais vraiment pas cher).

      Je suis devenue accro aux coconut pancakes ! Il faut les prendre tout juste cuits pour qu’ils soient bien croustillants, puis avoir un peu de patience pour ne pas se brûler la langue.

      Sinon les waterfall de Kuang Si sont touristiques mais sympa quand même (surtout pour s’y baigner s’il fait chaud), on a négocié un trajet à 30 000 kip par personne (5 personnes dans le tuktuk). On a pas fait d’autre attraction là-bas mais on a entendu parler de villages de potiers sur l’autre rive du Mekong. Pour le logement nous étions côté Mekong à la Suan Keo guesthouse, la seule qui proposait des chambres correctes à 15 $ (prix probablement très variable selon les saisons), mais si tu as plus de budget il y a pas mal de trucs sympa, tu peux regarder sur Travelfish.org

      Sinon dans le nord il y a à l’Ouest Luang Namtha (8h de bus) avec une réserve naturelle et plein d’activités (kayak, trek en jungle, homestay dans des villages ethniques) ou, plus facile à atteindre, Nong Kiaw et Muang Ngoy. C’est là que nous sommes en ce moment, c’est un petit coin de paradis sur la rivière et il va être très très dur d’en repartir !

      Le Laos est vraiment un pays très agréable à voyager, seuls les trajets peuvent être un peu harassant sur les longues distances :-> Je pense que tu vas aimer !

      1. Mille merci(s) pour cette longue réponse. J’ai tout noté
        Je recherche parmi toutes les visites, à faire comme je l’ai fait en octobre dernier près de Chiang Maï, une “vraie” ferme à éléphants pour un court séjour. J’ai delà trouvé quelques points de chute.
        Profitez bien tous les deux. Même si ça prend du temps et de l’énergie continuez à nous régaler par les photos et les anecdotes du voyage. Bises
        JC

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